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Ressan, le photographe des nuits libertines parisiennes

Ressan, le photographe des nuits libertines parisiennes

J’ai découvert le photographe Ressan lors de l’apéro de la #CULture. J’ai eu un coup de foudre pour son travail. A la fois sympathique, humble et doué, j’ai tout de suite accroché avec ce personnage fort intéressant.

Nous avons bien évidemment parlé de son livre “Paris Libertin”, le seul livre qui contient de vraies photos prises lors de soirées libertines parisiennes, de sublimes photos à vrai dire.

J’en ai profité pour faire un interview de Ressan que je vous livre ci-dessous avec quelques photos de son livre. Franchement, si vous aimez l’érotisme ou le libertinage, n’hésitez pas à acheter ce livre, il est sublime.

La couverture de “Paris Libertin” de Ressan

Adam : Pourrais tu te présenter et présenter ton parcours dans la photo ?

J’ai commencé la photo d’une façon curieuse. J’avais 17 ans et je venais de trouver un job de coursier dans l’un des plus prestigieux labo Noir et Blanc de Paris. La première course que l’on m’envoie faire pour y livrer des photos c’est chez Helmut Newton, pour être franc à ce moment là je ne sais pas qui était ce photographe. En revanche ce qui ne m’a pas échappé ce sont les superbes femmes qu’il photographiait dans son appartement du coté du Parc du Luxembourg. On est fin des années 70, Newton publie déjà chez Vogue, il photographie toutes les grandes stars de l’époque, je devais être le seul à l’ignorer « sourire ».

Chaque semaine j’allais chez lui et je le voyais bosser, d’ailleurs certaines photos qui ont fait le tour du monde ont été faites dans cet appartement ou je venais régulièrement. A cette époque je livrais également jacques Henri Lartigue, c’était déjà un vieux monsieur, il était d’une gentillesse incroyable, à chaque fois que j’allais chez lui, il me prenait la main pour me parler, il me confiait parfois des négatifs d’une valeur inestimable, là encore j’avais à faire à l’histoire de la photo, ce monsieur était né en 1894, seulement 9 ans après la mort de Victor Hugo, je fais cette remarque afin de bien comprendre ce que moi le gamin de 17 ans avait la chance de côtoyer.

Ces photos étaient d’une grande poésie, il photographiait un autre monde. J’allais régulièrement chez Magnum qui était l’agence photo qui avait les plus grands photographes de guerre de l’époque c’était pour moi un univers captivant auquel je venais d’avoir accès. Puis toujours dans ce même labo on a commencé à m’initier au tirage et développement noir et blanc. j’ai compris que je voulais être photographe. C’est seulement par la suite que je me suis mis à la prise de vue.

Adam : Tu viens de publier “Paris Libertin” un très beau livre sur le libertinage, qu’est-ce qui t’as fait choisir ce sujet et qu’est-ce qui t’attire dans le sujet du libertinage ?

Curieusement c’est un monde qui me fascine, pas pour ce que je photographie, plus pour les gens que j’y croise. Les libertins m’intrigue toujours autant, je suis encore étonné d’y croiser des gens globalement plutôt à l’aise avec l’autre. On vit dans un monde ou l’altérité devient une menace, dans ce monde, les gens passent leur temps à désirer plus de rencontres, plus d’amis, plus de complices de jeux, c’est en cela que ce monde me fascine. L’idée que des centaines de milliers de gens puissent avoir une ou des pratiques sexuelles de l’ordre de la transgression tout en ayant à coté de ça une vie sociale tout à fait normale, je trouve ça fou.

Ce monde je le photographie avec autant de respect que n’importe qu’elle communauté qui mérite à mes yeux le même respect et la même honnêteté que le sujet impose. La plupart des couples ou femmes qui me font la confiance de s’exposer devant moi dans une situation d’une grande intimité, pour la plupart ils s’exposent avec parfois d’autres partenaires, cela suppose une entière confiance au photographe.

Adam : J’imagine que ce n’est pas facile de pouvoir entrer dans la vie très privée des personnes que tu as photographié, comment as tu réussi à travailler ?

Curieusement c’est plus facile que tu ne l’imagine si justement tu sais rester à ta place, ne pas mélanger les genres ou de casquette en cours de route. J’ai plus de 250 000 images de stockées, en sachant que la vie de milliers de gens dans des situations qui pourraient être très inconfortables pour beaucoup d’entre eux. Que ce soit des personnes médiatiques ou des personnes à des postes à responsabilité. Les histoires de fesses ne m’intéressent pas, ce qui m’intéresse c’est l’humain qui est derrière.

Le parcours de chaque individu qui fait qu’un moment telle femme a décidé de balancer tout ce que l’on lui a appris petite fille sur les comtes de fée. Chaque individu a une histoire à raconter, parfois des parcours chaotiques parfois des rencontres, parfois la curiosité.

Adam : Que recherche tu d’un point de vue photographique quand tu photographie des libertins dans le feu de action ?

Il faut savoir que je ne cherche jamais à m’imposer dans telle ou telle soirée. Généralement on vient me chercher pour faire des photos. On sait donc pourquoi je suis là. Il y a un coté challenge à chaque fois, car chaque situation est différente. Je vais repérer celles et ceux dans l’assemblée qui pourraient être méfiants vis à vis de la présence d’un appareil photo. Mon objectif est de les emmener à vouloir à leur tour être sur mes photos, pour moi c’est plus facile que n’importe quel photographe inconnu.

Il ne faut pas oublier que l’exhibition fait aussi partie intégrante de leurs fantasmes, ils savent pour la plupart que je ne vais jamais les ridiculiser par des clichés de mauvaise qualité. Toutes les personnes dans cet ouvrage sont très fiers d’y être, beaucoup me témoignent leur plaisir d’y avoir participer. Il ne faut pas oublier que ce livre «  Paris libertin by Ressan »  est le premier du genre, c’est la première fois en France mais sans doute au niveau européen à avoir dévoilé ce qui en fait fantasmé par un certain nombre. Jamais un ouvrage photo a traité ce sujet là. J’ai tenté de le faire avec beaucoup d’honnêteté, je crois y être parvenu.

Adam : Il t’a fallu combien de temps pour donner vie à ce livre ?

Ce livre c’est environ 3 années de travail, plus de 25 000 clichés et environ 100 personnes photographiées. Le plus difficile a été pour moi de faire le choix des images car j’avais deux contraintes et pas des moindres. Une était de protéger l’anonymat des personnes donc de ne jamais montrer de visage, l’autre était de ne pas franchir la limite de ce que je considérais être vulgaire.

C’était un exercice très intéressant, car je devais montrer des situations qui dégagent du désir, parfois du plaisir sans jamais voir le visage donc les expressions par lesquelles généralement elles se transmettent le plus couramment. Il me fallait donc montrer de l’intensité et ça passait parfois par des angles ou des symboles. Au final sur 240 pages il y a peu de gens nus, je veux dire entièrement nus dans mon ouvrage.

Adam : Quel est ton plus beau souvenir en étant un témoin privilégié de ces soirées ?

En réalité la question est plutôt de décrire des moments incongrus qui parfois ont lieu dans ce type de soirées,  qui mélange des situations de plaisir avec des moments d’échange humains tout à fait ordinaires. Je pense à une photo particulièrement qui a été un peu le déclencheur de ce projet. Il y a deux ans je couvre une soirée privée, sur ce clichés j’y avais 3 scènes qui prisent séparément n’avaient rien d’extraordinaires.

J’avais dans mon premier plan un couple assis à une table, ils étaient habillés et s’embrassaient tendrement, j’avais au fond un couple entrain de faire l’amour et complétement nu, et entre les ces deux scènes, deux femmes habillés en tailleur et porte jarretelle qui discutaient comme si de rien était, cette scène à elle seule illustre ces moments décalés auxquels je peux assister. Car ceux qui ne connaissent pas ces ce type de soirées sont convaincus que les gens arrivent et se sautent dessus les uns les autres, or c’est pas du tout cela, il se passent plein de choses comme des moments de conversations sérieuses, ou les gens se parlent, ils sont juste nus

Adam : Qu’est ce que la création de ce livre t’as appris sur toi ?

Ce livre a crée en moi une forme de légitimité, depuis des années des gens que je côtoyais dans ce milieu là, me disais « Ressan pourquoi tu ne ferais pas un livre sur le libertinage ? » conscient que peu pouvaient offrir une telle banque d’images. Je ne me sentais pas légitime ou pensait bêtement que ce sujet n’intéresserait pas grand monde. Je me suis trompé car depuis la sortie du livre je constate combien les gens principalement du milieu libertin sont très fiers d’être enfin montrés sous un angle valorisant, qui ne caricature pas leur mode de vie ou de sexualité.

Adam : Si tu ne devais emporter qu’une seule photo avec toi (pas forcément de toi), tu prendrais laquelle et pourquoi ?

Je prendrais une photo de Robert Doisneau ou Henri Cartier Bresson ou Willy Ronis, je trouve que ces photographes ont su montrés des moments humains alors qu’ils photographiait un Paris d’après guerre, mais on sent chez les gens modestes qu’ils croisaient une humanité, on en revient au début, ce qui m’intéresse c’est humain bien plus que leur nudité.

Merci à Ressan pour cet interview, et voici une galerie de certaines de ses photos. Le livre en contient beaucoup beaucoup d’autres tout aussi superbes.

Vous pouvez acheter le sublime livre photo de Ressan sur son site www.ressan.fr ou sur Amazon.fr

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