#34231
bzobzo
Participant

comme j’aime écrire sur mon plaisir,
j’ai la sensation de revivre un peu ce que j’ai vécu,
de parvenir à mettre un peu de ce que j’ai vécu,
dans les mots,
d’y mettre un peu de la saveur et du fumet de ma pratique

je suis entraîné irrésistiblement désormais,
comme sur un tapis roulant,
comme sur un tapis roulant mais ondulant lascivement,s’enroulant autour de moi tout en m’entraînant,
mes gestes, mes mouvements, ne m’appartiennent plus durant la séance,
le désir s’empare de moi, fait de moi sa marionnette

comme j’aime être sa marionnette,
il me tord, me convulsionne, dans tous les sens,
j’ai la sensation d’être un élastique, un chewing-gum, de la pâte à modeler, entre ses mains

c’est un torrent qui me pousse dans le dos, me renverse, me roule,
cela tourbillonne de tous les côtés,
je suis déchiré délicieusement de toutes parts,
je suis chiffonné, plié, déplié,
tressé lentement, tressé soyeusement

une langue, une grosse langue râpeuse me fouille,
bouge en moi, me lèche, me farfouille, me frotte, me lape, bave, bave, bave,
se tord et se tord encore
pour mieux aller me goûter dans le moindre détail, dans la moindre cellule

tout est devenu élément de plaisir,
le moindre mouvement, la moindre respiration, le moindre geste,
le moindre millimètre de peau, le moindre gémissement que j’émets,
tout ce qui existe en moi, tout ce qui est de moi, tout ce qui me touche,
je barbote constamment dans ce qui monte de ma cave, c’est une inondation

une sorte de caresse géante mouvant dans l’invisible
jouant avec moi rêveusement, félinement,
une main de King-Kong me tenant dans sa paume
ma chair semble s’envoler, ma chair semble se liquéfier,
je suis mis à nu,
que reste-t-il de moi quand je suis pris dans ces filets si follement?

un baril de poudre, mes entrailles,
il explose au ralenti, tellement au ralenti, il explose constamment tellement au ralenti,
c’est comme un mouvement géant freiné par l’étroitesse des instants qui passent

une lame m’a ouvert en deux, une lame de plaisir,
je gis éventré, éventré et heureux,
de l’or coule de mon ventre, c’est du sable chaud, c’est bientôt une plage,
c’est bientôt la mer

à la rencontre de l’océan,
je vais à la rencontre de l’océan,
grain par grain, à la rencontre de l’océan,
chaque goutte d’eau par ici est habité par un peu de ciel et un peu de lumière,
le vent aussi a répondu à l’appel,
il danse doucement de toutes ses voiles autour de moi