#35869
bzobzo
Participant

il y a quelque chose d’extraordinairement émouvant à parvenir à une telle complicité avec son corps,
à parvenir à ce qu’il se livre comme cela, à ce qu’il se révèle comme cela,
à ce qu’il nous emporte comme cela

un corps à corps ardent du cavalier avec sa monture,
ils ne font plus qu’un, serrés l’un contre l’autre, tantôt au galop, tantôt au trot,
la cadence des sabots empli leur âme et leur cœur,
du doux rythme, du lancinant rythme, au contact répété de la terre

c’est notre propre corps, cet amas de chair, d’os et de sang
et pourtant vécu autrement, habité autrement,
il y a comme de l’altérité en nous, une autre version de nous, en nous,
une version complémentaire

ce corps, tellement il peut paraître étranger à nous par moments,
réagir différemment, vibrer de sensations inhabituelles
comme s’il était un peu devenu celui de quelqu’un d’autre,
en même temps que le notre

telle est la zone d’ombre en nous,
que si nous parvenons à invoquer tout cela un peu puissamment dans la durée,
c’est comme si nous devenions un autre en nous,
plus riche, plus complexe, plus mystérieux, plus connecté en même temps au ciel et à l’animal
jouissant solairement,
d’un bloc des pieds à la tête

l’altérité est en nous aussi donc, pas seulement hors de nous,
l’autre en nous, c’est ce que nous avons tous et toutes en commun,
trouver cet autre en nous, c’est aller immanquablement vers l’autre hors de nous aussi
mais par les souterrains, par les dédales sombres dans nos profondeurs, par la cave

plonger en nous en se laissant entraîner par le grand désir,
en quêtes des forces les plus vives de la vie,
faire boire à cette source, notre chair,
s’en abreuver encore et encore,
jouir de toutes ces vibrations cristallines libérées,
laisser danser et chanter librement notre chair dans l’incandescence ineffable de l’instant,
est une aventure solaire,
un cheminement d’ouverture extraordinaire peu à peu et d’épanouissement

baignant dans l’apaisante douceur du plaisir,
il y a comme un baiser céleste dans mon âme,
en même temps que dans mon cul