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La réalité du corps et ses cicatrices après l’accouchement

Le beau travail de photo de Jade Beall est l’occasion de se pencher sur la normalité ou non des corps. Ou plus exactement de l’image que chacun a de son corps dans son regard et celui des autres.

Nous construisons nos références dans un contexte culturel particulier. Dans le notre, celui du monde occidental, celui de l’hexagone, celui du monde libertin, la tendance est au corps parfait. Chacun sait que c’est faux, que les corps ont tous leurs histoires, leurs aspérités et pourtant, très souvent, nous essayons de coller à un idéal.

(Photographe: Jade Beall)

Nous ne sommes pas éduqués à la nudité, à la vraie. Dans notre société la nudité est soit cachée, soit sublimée. Elle a souvent pour vocation de vendre quelque chose et pour cela, la nudité doit être dans une norme acceptable et plaisante. La nudité vend du rêve.

Il est un curieux paradoxe dans le monde libertin. Nous sommes confrontés à toutes sortes de corps, de toutes tailles, de nuances de peaux différentes, élasticité différente. En ce sens, le libertinage ou le naturisme peuvent être considérés comme un apprentissage de la vraie vie, celle où nul n’est parfait. Là où est le paradoxe, c’est qu’il est courant de croiser des femmes qui se sont fait refaire les seins, qui passent du temps sous les cabines UV, ou même se font retoucher le clitoris ou les lèvres. Je n’aborde pas le sujet de l’épilation car il est réversible. Comme s’il fallait coller à une norme (inconsciente) de  beauté. Où donc est alors l’esprit libertaire qui permet de s’affranchir d’une partie des codes ? Où est l’accomplissement de soi comme être unique ?

(Photographe: Jade Beall)

Je vous donne maintenant mon témoignage personnel.

Dès ma première grossesse, mon ventre s’est plissé comme l’eau calme dans laquelle, on jette un caillou. Et quand j’en parle autour de moi, il y a toujours une personne pour me demander si j’ai bien mis de la crème quand j’étais enceinte ou si j’ai fait assez de sport. Malgré ses bonnes intentions, ce type de réflexion suggère que si mon ventre est comme cela c’est surement de ma faute. Et bien, non, c’est une question d’élasticité de peaux. J’avais à peine 18 ans quand mes premières vergetures sont apparues.

En libertinant, après mes grossesses, j’ai repris confiance dans mon corps. Je n’oublie pas mon ventre que je considère comme abimé. Cela ne m’empêche aucune figure de style, mais parfois en levrette ou quand des hommes me regardent dans un sauna libertin, je songe que mon ventre n’est pas aux standards. J’aime mon corps en mouvement, j’aime le plaisir qu’il me procure, j’aime le plaisir qu’il donne. Mais cela ne m’a pas encore guérie des normes que j’ai intégrées bien malgré moi.

(Photographe: Jade Beall)

Pour la première fois cet été, j’ai porté un maillot deux-pièces assumant mon ventre. J’ai tenté de faire fi du regard des autres, en me disant que s’ils trouvaient cela laid, c’était leur problème. Je me disais même que c’était éducatif par rapport aux enfants (et aux miens en particulier). Pourquoi cache-t-on la vérité ?

Sur ce sujet, deux types de commentaires m’agacent (au cas où vous avez envie d’en faire).

Il y a les “c’est atroce, mais cessez donc ! Gardez cela caché et intime ! On ne veut pas savoir vos misères!”. C’est comme les règles, les accouchements. Gardez vos trucs de filles entre vous, on ne veut pas le savoir.

Il y a les ” vous êtes belles car vous avez donnés la vie”. Et bien, non, je ne vais pas être réduite à mon rôle de mère. Je préférais un vous êtes belles, car vous êtes excitantes. Ou j’ai du désir pour vous car vous dégagez quelque chose d’érotique. Ou parce que vous baisez bien. Ou parce que je suis amoureux (se).

J’apprends à aimer mon corps, ses plis et ses bosses, ses cicatrices et ses envolées. J’apprends à intégrer les compliments. Et surtout, je jouis de la vie, de mon corps. Et c’est un trésor dont je profite.

(Photographe: Jade Beall)

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