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Le sexe féminin, biographie de mon sexe

Vulve

Aujourd’hui, c’est décidé, je vous parle de lui. Celui sans qui je ne serais pas qui je suis. Celui sans qui je serais incomplète et moins vivante. Celui a qui je dois mes plaisirs, mes amours, mes amants et aussi d’une autre manière à qui je dois mes enfants. 
Mon sexe de femme. 

Il a 33 ans, je l’ai dissimulé, caché, parfois oublié, ignoré, maltraité. J’ai eu honte de son apparence, de ses sécrétions, de son sang, de sa pilosité, de ses odeurs… Il a été malmené par la maternité, deux accouchements, des violences sexuelles ordinaires et un viol. Il est aujourd’hui adoré, presque fétichisé, exhibé.

Je vais vous raconter l’histoire de ma vulve

Il a été beaucoup aimé. Aujourd’hui, il m’apporte beaucoup de plaisir et de fierté. Je le connaissais peu, je le connais mieux, j’en prends soin. Je l’aime.

L’enfance

Mes premiers souvenirs concernant mon sexe datent de mes 4 ou 5 ans. J’étais allongée en travers du canapé familial. Je me rappelle pincer mon clitoris en l’enserrant entre mes grandes lèvres. Je me souviens d’une sensation doucement agréable… et de ma mère, traversant le salon et proférant d’une voix lapidaire «On ne se touche pas la zezette, c’est vilain…».

J’ai peu de souvenirs de masturbation après cela. Un interdit m’avait alors frappé, et ma sexualité avec moi même en a longtemps souffert, et en souffre probablement aujourd’hui. Longtemps je n’ai jamais eu d’orgasme seule.

La puberté

Je me souviens à la puberté des changements de mon corps. Ma pilosité me rendait très fière. J’attendais mes premières règles. Je frottais le papier toilette sur mon sexe, en espérant y trouver les premières traces rouges.

La fierté fut vite remplacée par l’embarras, l’inconfort et la gêne. Cette impression qu’il faut cacher avoir ses règles, que c’est honteux, sale, disgracieux, à tel point que la simple présence d’une serviette hygiénique dans ma culotte me donnait la sensation de l’avoir sur le front.

Je me souviens avoir été étonnée d’observer cet écoulement de sécrétion. Comme du blanc d’oeuf qui parfois traversait mes vêtements et humectait les chaises en plastique du collège.

Je me rappelle me frotter sur les chaises, glisser rapidement mes doigts au prétexte de réajuster ma culotte, presser mon clitoris en le serrant entre mes jambes dans mes pantalons un peu trop étroits. Tout cela sans m’avouer me toucher.

Je me souviens ce délicieux moment d’onanisme que je me suis offerte une nuit d’été. Je devais avoir 13 ou 14 ans. J’avais volé quelques instants d’excitation devant un téléfilm érotique apparu par hasard sur la télévision familiale, en plein milieu de la nuit. Puis je suis partie me cacher dans la salle de bain. J’ai trouvé un flacon de shampoing, un échantillon d’hôtel, à la forme droite cylindrique. Et je l’ai fait entrer doucement dans mon vagin, très instinctivement. Je me souviens avoir éprouvé un plaisir trouble à ce coulissement froid et dur dans mon sexe. Et après quelques minutes exquises, j’ai constaté quelques gouttes de sang clair sur le sol de la salle de bain. 
J’ai été déflorée par du shampoing…

L’adolescence

J’ai beaucoup de tendresse pour ces moments volés et l’adolescente innocente et désirante que j’étais alors. J’ai d’avantage honte de la jeune fille anxieuse et consommatrice que je suis devenue ensuite. Je suis le genre de personne qui quand elle est effrayée se précipite.

Quand je pressens une situation inconfortable, quand je perçois un danger, je m’y jette. Ainsi projetée en avant, je n’ai plus à réfléchir, à m’inquiéter, je n’ai qu’a agir. Cela fait de moi une personne conquérante, parfois admirée pour mon énergie vitale et mon culot. Cela m’a obligé à développer une forme de réactivité, d’adaptabilité brusque. Mais cela fait aussi de moi une personne assez impulsive, brutale, un peu dangereuse, plus pour moi même d’ailleurs que pour les autres.

Intriguée par la promesse du plaisir, que je ne songeais même pas à chercher seule, mais aussi intimidée par l’adresse que l’exercice requiert, adresse corporelle et relationnelle, je me suis précipitée dans les premiers beaux draps venus. 

J’aurai pu plus mal tomber. Il avait 22 ans j’en avais 15. Il était musulman. Je voyais dans son regard le trouble de sa culpabilité, du pêché qu’il commettait en me déflorant. Je me souviens encore ma petite culotte blanche à côté de son lit. Ses draps blancs. Sa peau plus foncée que la mienne, ses mains sur mon bassin me manipulant avec douceur et précision.

Je ne me souviens plus de mes sensations, pourtant les premières du genre. La première fois qu’un sexe d’homme se glissait dans le mien. Je n’ai pas eu mal. Mais une forme de dégoût me reste dans la gorge. Parce que mon désir était trouble et que je percevais ses remords. Nous violions tous les deux une part de notre consentement. C’est ainsi, c’est passé.

Par la suite mes explorations sexuelles ont répondu à une recherche de performance. A défaut de ressentir quelque chose, je prenais le plaisir des collectionneurs, avoir essayé avec untel ou untel, telle ou telle position, dans tel ou tel lieu extravagant.

J’ai eu un petit ami particulièrement habile avec son sexe et j’ai éprouvé avec lui les premières sensation de type orgasmiques, la vague de chaleur profonde associée à la sensation aiguë et fulminante de plaisir. Il était habile avec mon corps, moins avec mon coeur. Cela n’a pas duré…

Le mariage

Après des expériences delurées, dispersées, limites… J’ai rencontré l’homme qui deviendra mon mari. Jeune, j’avais 16 ans et demi. Il est arrivé, et a limité mes explorations. La limite n’est pas une mauvaise chose pour moi qui manque d’ancrage. Cet homme m’a limitée, délimitée contenue avec amour, de ses bras tendres et attentionnés.

Avec lui j’ai découvert l’amour tendre, mais aussi le sexe respectueux, ludique où on peut prendre son temps et aussi parfois rire. Très connecté et énergétique notre couple a survécu à de grandes épreuves dont celle du quotidien mais aussi celle de deux maternités rapprochées.

Peut-être par imprégnation du «devoir conjugal» ou peut-être par peur de ne plus plaire, je me suis parfois astreinte à honorer mon mari plus souvent que je n’en avais envie. Sans me forcer vraiment,  mais me contraignant un peu quand même, de peur de perdre ce qu’on avait là, notre qualité relationnelle, notre sexualité heureuse.

Je ne regrette pas ces moments où je forgeais pour rester forgeronne, mais ils sont sources d’interrogations. Pourquoi ? Sans doute parce que le sexe dans notre couple est un pilier qui ancre notre connexion, notre lien émotionnel. Il nous relie et nous rassure. Il nous permet de renouveler à chaque fois notre désir d’être ensemble et de prendre soin de notre relation.

La procréation

Ma sexualité a connu une première tristesse lorsqu’elle a cessé d’être récréative pour devenir procréative. Animée d’un désir romantique de surprendre mon mari par une grossesse qu’il désirait calmement en attendant que je sois prête, j’ai cessé en secret de prendre mon contraceptif.

J’ai alors éprouvé le sentiment de maîtrise de mes organes sexuels. Par la pilule, je maitrisais la stérilité de mon corps, j’ai cru que l’arrêt de ma contraception allait engendrer la maîtrise de ma fécondité. Or si à chaque cachet oublié je craignais une grossesse, j’ai du omettre 120 comprimés avant de tomber enceinte. Le corps ne se contrôle pas autant que je l’imaginais.

Je me souviens de ces moments d’attente anxieuse. Nos ébats devinrent calculés en secret, me réservant quelques jours avant la période dite optimale. Ma sexualité devint alors moins heureuse, car au lieu de me connecter à mon amoureux j’étais obnubilée par un petit être qui n’existait pas encore.

Je suis tombée enceinte. La grossesse a été très heureuse, notre libido aussi. J’étais si belle ronde, la peau douce et les seins gonflés.

L’accouchement fut en revanche un traumatisme corporel. Mal préparée, la naissance s’est bien passée, mais la dilatation et le déchirement de mon sexe fut une épreuve dans mes représentations. Je me souviens de la sensation d’hématome au niveau de ma vulve, de mollesse au niveau de mon périnée, la pesanteur de mon ventre vide… L’impression que mon corps était dégonflé, mon sexe percé d’une explosion qui ne se refermerait jamais.

J’ai été très mal accompagnée, aucunement rassurée. «C’est normal, c’est comme ça, vous êtes mère à présent». Et être mère, à priori, c’est ne plus avoir de temps pour soi et ne plus prendre soin de son corps, et c’est aussi ne pas se plaindre parce que la priorité est l’enfant. J’ai eu peur d’être égoïste, j’étais malheureuse, je me suis oubliée.

Quelques semaines après la cicatrisation de mon corps, j’ai voulu me reconnecter à mon mari qui me manquait. Nous nous sommes embrassés, caressés avec maladresse et anxiété. Il a introduit son sexe dans le mien. Et là, je n’ai rien senti. Je n’ai rien dit, m’accrochant à l’espoir qu’au prochain coup de rein je le sentirai. Rien. Je pleurai à l’intérieur de moi. Mon mari a été très triste aussi.

La rééducation…

J’ai eu peur que «cela» ne revienne jamais, le plaisir. Plus agrippée que jamais à l’adage de la forgeronne, j’ai réessayé, plusieurs fois. Autant de coup d’épée dans l’eau froide du respect que je n’avais plus pour moi. J’avais.seulement besoin de temps, pas d’acharnement.

De temps et de rééducation, j’ai eu la chance ensuite de rencontrer une charmante sage femme qui a su, la première, écouter mes angoisses de femme. Elle fut la première à accueillir le fait que ma sexualité m’est importante. Elle a pris soin de me rassurer et de m’expliquer.

Mon périnée distendu physiologiquement était à la source de ma perte de sensation. Elle m’a expliqué ce muscle, si intime et important dont je n’avais jamais entendu parlé!

Le périnée est un large muscle déployé au fond du bassin, comme un hamac qui soutien mon corps à sa base. Il laisse passer en avant mon urètre, en arrière mon rectum et entre les 2 mon vagin. Les faisceaux musculaires qui enserrent ces différents orifices peuvent être conscientisés et remusclés par des exercices doux de visualisation, de musculation en lien avec la respiration.

Je me suis alors appliquée à ce travail de retrouvailles avec mon corps et aussi cette rencontre avec une partie de mon corps essentielle à mon épanouissement. 

La maman

Je retrouvais progressivement mon époux mais mon énergie n’était pas orientée vers lui, mais vers le petit être qui grandissait dans mes bras.

Puis ce fut une nouvelle grossesse et un nouvel accouchement. La grossesse fut tout aussi heureuse. Et l’accouchement fut cette fois ci serein et plus naturel, mon corps connaissait le chemin.

Tout occupée aux deux enfants, un à mon cou et l’autre à mon sein j’ai pendant quelques mois oublié la femme que j’étais. Résignée à n’être que mère. Les mères, croyais-je, n’ont pas de sexe ni de désir. Elles n’existent que pour leurs enfants. J’étais fusionnelle et épuisée. 

Mes besoins de sensualité étaient comblés par la tendresse d’un autre ordre que me procurait le contact de mes enfants. Mais j’avais de la peine pour mon époux. Je projetais sur lui mon insatisfaction libidinale et ai ouvert le dialogue.

La non-exclusivité et l’exploration

C’est ainsi que la non-exclusivité est entrée dans notre couple. Si nous ne pouvions être heureux ensemble pourquoi souffrir et avoir des ressentiments alors que des expériences ailleurs quand elles comblent l’un profitent à l’équilibre du couple ?

Mes enfants ont grandi, notre proximité à évolué. Mes seins de mère redevinrent des seins de femme, mon sexe endormi se réveilla. Et il y a quelques mois il s’est réveillé avec toute l’énergie de ses années de sommeil. Et aussi avec plus de sérénité et de maturité.

La maternité m’a changée. Elle m’a fait sentir combien se comprendre et s’accepter est important. Entre autre, iI était temps que j’essaie de comprendre mon sexe et de l’accepter. 

Ma vie de femme allait prendre un tournant. Je voulais prendre ma sexualité en main. Redécouvrir mon corps, la masturbation, mon plaisir, mon désir. J’en ai parlé a mon mari. Je suis devenue libertine.

J’ai fait de belles rencontres, des hommes, une femme. Je découvre le tantrisme, l’hypnose, le bondage, la soumission, le plaisir anal et prostatique, j’explore ma bisexualité je redéfinis mon genre…

Alors que mon désir a toujours côtoyé celui de mon tendre époux, je découvre que son chemin peut sinuer le long d’autres courbes, celles des désirs de mes autres partenaires. Je considère mes autres partenaires comme des rencontres, toujours singulières, obligatoirement respectueuses.

Leurs énergies me guident, et je les influence aussi. Je me développe, je me cherche. Je ne sais si je me trouverai un jour, mais le cheminement est délicieux.

J’explore, donc je suis. 

Note : Photos d’illustration de l’article par Dainis Graveris sur SexualAlpha

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