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Ma vie, mon Amour, mes Amours

J’ai un mari et… plusieurs amants ! Je ne trompe pas mon mari. Je le tromperais si notre contrat était celui de l’exclusivité. Nous ne sommes pas exclusifs. En aimer d’autres que lui, est-ce l’aimer mal ? Ou l’aimer moins bien ou moins fort ? Est ce que j’aime ces hommes de la même manière ? Qu’est ce qu’aimer bien ? Qu’est ce qu’aimer ?

J’ai une jeune amie, jeune par son expérience de la vie même si elle s’en défend, mais néanmoins sage, de la sagesse de celles qui écoutent leur cœur. Elle me demandait si j’avais déjà ressenti l’amour comme une impression d’être malade, sur le point de mourir, avec le cœur prêt à exploser de joie quand il est là ou de chagrin d’être loin de lui. J’ai haussé les sourcils. Je lui ai répondu que j’avais déjà eu l’impression d’avoir le cœur prêt à exploser… mais c’était moins par amour que par orgasme (mais avec un homme que j’aime…). Et puis j’ai répondu non. Non, cet amour décrit là est passionnel, violent, dévorant. Je n’ai jamais ressenti cela. On dirait un coup de foudre. Je n’ai jamais eu de coup de foudre. Des coups de cœur oui, mais de ceux qui s’installent lentement, profondément par la rencontre progressive, la connexion en profondeur.

Ma première vraie histoire d’amour est celle que je vis avec mon mari. Je l’ai rencontré jeune, encore adolescente. Lui aussi était jeune. Il était le prince charmant venu sauver la princesse suicidaire, l’arracher de ses dragons internes et la ramener à la vie par ses baisers fougueux et ses levrettes revigorantes. Je l’ai aimé comme on aime le verre qui nous abreuve quand on a soif. Je l’ai aimé pour moi, pour le bien qu’il m’apportait. Non pour lui-même. Bien sûr c’était lui et non un autre, donc c’était en me liant à lui. Mais d’un amour absorbant, un amour qui prend plus qu’il ne donne. Si j’avais le cœur qui souffrait en son absence, c’était par dépendance. J’avais besoin de lui, pour me tenir vivante, me donner sécurité et excitation nécessaire à la vie : dépendance affective.

Et nous avons eu des enfants. Deux charmants fripons espiègles et pleins de vie, exigeants et tenaces. Ils ont changé ma manière d’aimer. J’ai compris grâce à eux, qu’aimer pour l’autre me rendait plus heureuse. Lorsque mon premier enfant est né, je me suis éloignée de mon mari. J’ai eu besoin pendant quelques mois de consacrer toute mon énergie d’amour à ce petit être si fragile et dépendant de moi. Il m’apprenait un autre chemin d’attachement. Je ne comptais pas sur lui, pour m’aimer. Je l’aimais en le nourrissant, le réchauffant, en prenant soin de son corps et de ses émotions.

J’ai appris à aimer en donnant et non en attendant de recevoir. J’ai appris à aimer pour lui et non pour moi même. Et j’étais tellement émue de voir avec quel cœur il recevait mon amour qu’il m’a aussi appris à recevoir. J’ai eu un deuxième enfant. J’ai eu peur de ne pas pouvoir l’aimer autant. De ne pas avoir assez d’énergie pour deux petit êtres. Et j’en oubliais leur père. Puis j’ai aimé ma fille. Je l’ai aimée et je l’aime autant que mon fils, mais pas comme mon fils. Je l’aime différemment parce qu’elle est différente. Elle n’appelle pas les même chose chez moi, elle ne fait pas résonner mon cœur de la même manière. La nature de l’amour est différente selon la personne aimée.

Les enfants ont grandi, j’ai retrouvé mon mari. Je lui ai dit qu’il m’avait manqué. Il a dit qu’il a toujours été là. Mais pas moi.

Et je l’ai aimé différemment. Je pense en mieux. Je l’aime maintenant pour lui. Quand je sens l’amour dans mon cœur, j’ai envie qu’il soit heureux, je me soucie de ses besoins, de sa chaleur, de son énergie. Je les connecte aux miens et les fait vibrer.

Et je suis énergétique…

J’ai beaucoup d’amour à donner.

J’ai toujours aimé séduire. J’aime plaire. Je ne plais pas à tout le monde, mais je laisse rarement indifférent, et ça me fait sourire. Longtemps j’ai séduit par plaisir de sentir le désir de l’autre réchauffer ma peau. Parce que si je plais c’est que je suis aimable. Si je suis aimable je peux essayer de m’aimer. Parce que là est ma faiblesse : le mince amour que je me porte.

J’étais dépendante affectivement et j’avais besoin de séduire pour confier aux autres le soin de m’aimer, quand moi même je n’y arrivais pas, pas suffisamment. Je ne m’aime pas encore beaucoup. Mais suffisamment pour me sentir plus libre, plus autonome.

Et de ce sentiment de liberté m’est venu le besoin de m’ouvrir, plus pleinement. Je ne voulais plus séduire, je voulais aimer. De mon nouveau cœur, plus autonome et libre, plus sain et énergétique.

Et puis je voulais sentir mon corps aussi. Parce que j’ai toujours peur de vieillir, de mourir. Vieillir plus que de mourir même. Vieillir serait de ne plus plaire, non je ne suis pas guérie.

Alors ce fut un cheminement de reconnaître mes besoins, d’arriver à me les formuler. Et d’en ouvrir mon cœur à mon époux, homme merveilleux qui a toujours su m’aimer, justement. Il a compris, il a dit qu’il me connaissait, il m’a reconnue dans mes besoins et surtout il a confiance. Il a confiance en notre lien, en le fait que je reviendrai toujours après mes explorations, en le fait que je serai toujours loyale envers le foyer que nous avons construit dans l’amour.

Et j’ai fait de magnifiques rencontres.

Très facilement. J’ai rencontré trois hommes, aux parcours très différents, aux goûts et à la personnalité très affirmés. Leur rencontre a été si facile que je me plais à croire que le karma tenait leur chemin très près du mien afin que la seule ouverture de mon regard suffise à ce que je les trouve. Je crois aux âmes sœurs. Je crois que je me lie facilement aux êtres qui ont partagé mes vies précédentes. Et que nos histoires actuelles sont riches de la profondeur de nos vies passées. Par exemple j’imagine parfois avoir été un écureuil, petite conviction par jeu, par plaisir d’imaginer. Ce à quoi un de mes amants a répondu que cela expliquait ma passion pour les noix…

Cet amant est libre. Célibataire, il a plusieurs partenaires. Il aime aimer, mais non s’engager. Il a peut être peur, il aime peut-être sa liberté, je le comprends et le respecte. Il a son équilibre. Il m’apporte l’insouciance et la confiance en la vie. Quand je vibre avec lui, je me sens légère, son style sexuel est poétique, sophistiqué, et je sens que je lui donne de l’énergie et aussi un peu de folie et d’extravagance.

Mon premier amant est torturé. Au moins autant que moi. Notre amour est profond mais parfois sombre. Je l’ai rencontré célibataire, il m’a quitté pour se mettre en couple. Je l’ai pleuré (et je suis heureuse d’avoir éprouvé un chagrin d’amour). Puis nous nous sommes revus et quittés plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il avoue tout à sa jeune compagne. Elle ne l’a pas compris comme mon mari m’a comprise. Le polyamour est une notion bien neuve et difficile à percevoir. J’ai beaucoup culpabilisé. Mais comme il me le dit, c’est son choix, son cheminement. Il veut être libre d’aimer comme moi, il veut être aimé tel qu’il est, être ouvert et disponible à l’amour. Je suis à la fois sa libératrice et sa malédiction. Je projette sur lui, mon angoisse de solitude et je le voudrais auprès d’un autre être prêt à l’aimer, quand je ne suis pas avec lui. Il me fait danser. Et parfois il me fait l’amour de manière sauvage, impétueuse, un peu violente. Dans ses bras je me sens minuscule, maîtrisable et ça me donne des limites, une contenance. Il m’a fait redécouvrir mon corps, personne ne sait me faire jouir du bout des doigts comme lui. Moi je lui donne mon respect, ma confiance et je suis prête à l’aimer tel qu’il est, même si parfois je ne le cerne pas. Au delà d’être mon amant il est mon ami. Je suis là pour lui et il sera là pour moi.

Mon troisième amant est un maître. Il me gouverne, me prend sous son aile. Je lui dis tout et il m’écoute, me guide, m’oriente. Je joue avec lui, je me rebelle pour mieux me soumettre, je le taquine. Je le charme. Nos imaginaires sont d’une richesse infinie. Il est celui que je vois le moins, mais nos intellects sont liés, nos cœurs sont en phase et nos corps, dans ces moments que nous nommons « la bulle », vibrent d’une passion rare et dense. Il me fait découvrir des délices de perversité « au sens noble du terme » dit-il. Sa curiosité vibre avec la mienne et nos explorations me laissent entrevoir des hectares de plaisirs possibles. La sexualité humaine est d’une richesse troublante, s’adonner à son exploration main dans la main (pour ne pas citer d’autres interpénétrations) avec cet homme est une chance que je savoure. Je connais sa vie, il connaît la mienne. Nous nous apportons le respect, l’écoute et l’indécence dont nos vies ont besoin.

Un jour j’aimerai rencontrer une femme. J’aime le corps des femmes. Et je ne pense pas être exclusivement hétérosexuelle. Je ne comprends pas pourquoi je n’ai rencontré que des hommes.

J’aimerai me rencontrer moi même.

Il y a encore quelques semaines, je ne me masturbais que très rarement, sans grand plaisir. J’y travaille et maintenant je peux jouir seule. Un premier pas vers plus d’amour de soi. Je deviens « maîtresse de moi-même ».

Tous ces amours aujourd’hui me nourrissent, m’épanouissent. Je me sens enfin à ma place dans le monde. J’aime l’amour, j’aime le sexe. J’aime jouir, et mon Dieu comme je jouis à présent. C’est ma manière à moi de faire circuler un peu d’énergie dans ce monde. Et je pense que c’est mon rôle sur terre de faire circuler l’énergie, c’est peut être notre rôle à tous.

Je me permets de vivre ces amours avec ces quatre hommes parce qu’ils me laissent libre. Je suis engagée maritalement avec un d’eux. Là il y a engagement sur la durée, pour le bien de notre foyer et de nos deux enfants. Il y a engagement mutuel de loyauté, de solidarité dans la joie comme dans le malheur. Cet engagement est basé sur l’amour, mais il n’est pas l’amour. Il est le mariage. Je distingue les deux : mariage et amour. Le premier est une attache, il est social, matériel, il apporte la sécurité et le confort. Le second est une force, il est intime, énergétique, il apporte la joie et la liberté.

Avec mon mari, notre amour est lié au mariage. Mais il demeure non possessif, non exclusif. Il ne m’enferme pas mais le mariage me laisse liée d’un fil, plus ou moins épais selon ce que je vie. L’amour de mes amants est libre, excitant, il me recharge. Je me donne à chacun d’eux de tout mon être quand je suis avec eux mais je ne leur appartiens pas. Je reste libre. Par engagement envers moi même et par engagement auprès de mon mari. Et nos histoires sont précieuses parce que la vie peut nous séparer à tout moment. Et ce risque me donne envie de les vivre encore plus intensément.

Il y a mille façons d’aimer.

Voici mon chemin, aujourd’hui. Mes sensations, mes émotions, demain je vivrai peut être les choses autrement.

Je souhaitais témoigner de mon vécu du polyamour pour que vous sachiez que cela existe. Je ne crois pas être exceptionnelle, je ne crois pas être rare (enfin, si mais pour d’autres raisons…). Je crois que nous sommes nombreux à pouvoir aimer au pluriel et que nous serions tous plus heureux si nous pouvions aimer comme bon nous semble. Nous pouvons aussi choisir l’exclusivité amoureuse, mais dans ce cas, il est plus sain de le faire en sachant que ce n’est pas la seule option possible. Le choix n’existe que quand il y a plusieurs options et que la morale ou la société n’en impose pas une seule.

J’ai évolué dans ma manière d’aimer. Je conçois qu’il existe d’autres chemins possibles. Diverses manières de recevoir, de donner, de ressentir et de penser l’amour. Il n’y a pas de jugement de valeur à établir, chacun fait en fonction de ce qu’il peut, de ce qu’il est et de ce qu’il a reçu. Le plus important c’est d’aimer. S’aimer soi, aimer l’autre. S’aimer soi d’abord peut être, quand c’est possible. Aimer un ou plusieurs autres. Peu importe…. mais aimer ! C’est si bon…

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