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Masochisme, le plaisir de la douleur – partie 1

Masochisme

Les fantasmes sur la douleur et l’humiliation ont toujours été présents en moi. Dans l’enfance, je me rêvais enfermée dans une cave, à la merci de plusieurs autres femmes. Par la suite ces idées se sont effacées pour laisser place à des envies fortes de douleur.

Note : Tout au long du texte on utilisera les termes « Top » et « bottom ». Pourquoi pas « Dominant » et « soumis » ? Parce que les deux derniers font référence à un lien de soumission qui n’existe pas nécessairement. Un·e Top est simplement une personne qui officie sur un·e bottom. Si un Dominant est nécessairement Top, un Top n’est pas forcément un Dominant.

A seize ans je me plantais des aiguilles de couturière sous la peau en savourant les sensations. Plus tard j’ai eu la chance de croiser quelques personnes bienveillantes sachant faire mal tout en restant à l’écoute de la bottom. Avec le recul et les récits d’autres personnes soumises ou maso, je me rends compte que j’ai été privilégiée.

Mon masochisme envahissant m’a amenée à penser que j’étais soumise. C’était une erreur. Un Dominant qui m’avait prise sous son aile m’a dit qu’il me sentait plutôt Domina. Sur ses conseils j’ai donc essayé d’endosser le rôle. Par les cordes, les impacts. Je me suis trouvée tout de suite très à l’aise en tant que Top. Je prenais le contrôle total d’une personne et en même temps, par empathie, j’arrivais à ressentir ce qu’elle vivait. Une maso qui fait mal à un·e autre maso sait exactement ce que l’autre attend.

J’écris ce texte à la demande d’Adam de Nouveaux Plaisirs suite à des discussions sur le Discord du site web. Je tiens à préciser que je n’expose que mes opinions et les résultats de mon expérience. D’autres personnes pourraient probablement écrire un texte totalement opposé à ce que j’écris. Il n’existe pas de bible du masochisme tout comme il n’existe pas de bible du sexe. Heureusement !

Le masochisme, c’est quoi ?

On sait que le terme « sadisme » est un néologisme tiré du nom du Marquis Donatien Alphonse François de Sade. Ses livres « Philosophie dans le boudoir » et « Justine ou les infortunes de la vertu » sont régulièrement réédités. En miroir, « masochisme » fait référence à Léopold von Sacher-Masoch. Celui-ci a passé sa vie à rechercher des compagnes de vie qui le traiteraient comme un moins que rien et lui infligeraient des châtiments corporels. Humiliations et douleur… Tout est dit. De cet auteur on peut lire notamment « La Vénus à Fourrure ».

Je vis mes séances en tant que maso comme une expérience introspective. Je ne résiste pas à la douleur, je la laisse me traverser. Je la regarde, je sens ses ondes me parcourir. Je me laisse envahir par les endorphines. La séance avançant, plus rien d’autre n’existe en dehors de la douleur. Elle m’envahit totalement, et je tombe dans le subspace.

Je crois qu’il y a des liens forts entre ces pratiques SM et la méditation, la sophrologie, voire l’hypnose Ericksonienne. Avec chacune d’entre elles il est possible d’atteindre un état second, une transe. Ces moments-là sont comme une bulle hors du temps. L’extérieur n’existe pas et on vit nos sensations intensément.

Les séances m’apaisent. Le lendemain je me sens détendue, calme, ouverte sur les autres. Je chéris les traces douloureuses que mes activités masochistes ont laissé sur mon corps. C’est une fierté pour moi de les porter. Ce sont les stigmates d’une épreuve dont je suis sortie victorieuse. C’est aussi le souvenir d’un moment d’exception, de lâcher prise total. J’ai évacué toutes mes peurs et mes colères.

De l’autre côté…

En tant que Top, j’aime prendre soin de la personne dont je m’occupe. Je recherche la connexion. C’est assez paradoxal je suppose, mais mes séances débutent très souvent par un gros câlin. Je tiens à être sûre que mon bottom est détendu, qu’il se sent en confiance, prêt pour la séance. Je rappelle les règles de sécurité, les mots à prononcer en cas d’alerte. Ensuite, tout se joue crescendo.

D’abord une corde légère, ou une cravache caressante. Je m’assure que tout se passe bien. Je parle beaucoup avec mon bottom. Beaucoup de « Ça va ? », « Je continue ? », « Est-ce que ça te va si je fais ça ? », « Plus fort ? », « On ralentit ? ». La personne qui commande n’est pas celle qu’on croit.

L’intensité se fait plus forte jusqu’à ce que je voie que le bottom commence à avoir du mal ou qu’il me dit explicitement que ça devient difficile. Je peux éventuellement proposer une autre direction à la séance, mais la fin est de toutes façons proche. On redescend doucement.

Avec les cordes, je détache doucement en maintenant la tension des cordes, avec la cravache quelques caresses. Je masse les articulations qui ont été bloquées, les poignets, les chevilles.

Et je termine par un câlin. On appelle cela l’after care, dans certaines sphères. Un soumis m’a dit une fois que je faisais mal avec bienveillance. Je crois que c’est le compliment le plus beau que j’aie jamais entendu.

Photos d’illustration par Dainis Graveris sur SexualAlpha

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