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Parcours d’un homme sur le consentement

Reflexion et parcours d'un homme sur le consentement

Voici le témoignage d’un de mes lecteurs sur son parcours, de son premier rapport sexuel où le consentement n’était pas explicite jusqu’à maintenant. Une vraie réflexion et introspection que tout homme devrait faire sur lui même dans sa relation avec les femmes.

Ce n’est pas évident pour tout le monde malheureusement, il faut beaucoup de courage pour se remettre en question comme cela. Alors je vous propose de lire ce témoignage fort et intime et de poster aussi vos commentaires après le texte pour faire vivre ce beau témoignage.

Je suis un homme sensible

Je suis un homme blanc, cis genre de 29 ans. Deuxième d’une fratrie de 5 enfants, j’ai grandi avec deux sœurs et deux frères. Élevé par une mère au foyer et par un père militaire, mon éducation repose sur des valeurs fortes d’égalité, d’altruisme, d’entraide et de respect. On joue à tous les jeux ensemble, des lego aux poupées Barbie en passant par les puzzles ou la dinette. Sans distinction, ni jugement. Je réalise aujourd’hui à quel point ce n’était pas une évidence.

Mes rapports à l’amour et aux femmes arrivent tard et jamais mes parents ne m’ont parlé de sexualité et encore moins de consentement. Pas même l’incontournable discussion sur la protection. A ce moment-là, j’ai 16 ans, je suis en prépa bio, donc je sais. Ils savent que je sais. Mais j’ai tort. Ils ont tort. Je pense savoir. Sans échange sur ces questions, mes constructions sont incomplètes et basées sur la culture sociétale, les dénis de consentements, Han Solo, James Bond, et autres Bad boys glorifiés de mon enfance et de mon adolescence. Une pointe de porno aussi, mais heureusement peu exposé à l’époque : un seul ordinateur dans le salon familial, c’est limitant et tant mieux.

Malheureusement et heureusement, je suis très timide et pas à l’aise dans ces rapports intimes que je ne connais pas. Je suis en seconde année et elle, en première. Incapable de lui parler, je brise la glace en lui glissant un petit mot dans son livre après un film, lui demandant si je pouvais l’embrasser. Je n’en dors pas de la nuit en attendant de la revoir le lendemain, persuadé d’avoir fait la pire bêtise et d’être moqué. Je le vois aujourd’hui comme quelque chose de mignon et de terriblement érotique. A l’époque, je le vis comme un aveu de faiblesse. Incapable d’être un homme, un vrai.

La relation se passe bien, tâtonnante. Premier baiser, premier je t’aime, première caresse, première fois. Toujours en terrain inconnu, je me laisse guider. Attentif et curieux, déjà à l’époque je me documente, j’apprends, je m’affaire et me démène pour bien faire. Donner du plaisir, satisfaire. Pas pour une performance, juste pour être à la hauteur. Je ne veux pas être un macho ou un profiteur qui se préoccupe uniquement de son plaisir et s’endort en oubliant sa partenaire. L’année se termine, je pars en école d’ingénieur, elle part pour la fac, la fin de relation est chaotique, on ne se reverra jamais. Dans le fond, je me dis que je suis un mec bien. Un homme attentionné et bien intentionné.

Je suis un homme bien intentionné

Je me rappelle très précisément de mon premier viol. Tout du moins le premier rapport sur lequel je peux poser ce mot des années plus tard. Trois ans ont passé, j’ai fini mon école. C’est un samedi soir, ma copine est venue me voir à un match de handball. On est allé fêter la victoire dans un bar à Châtelet. Une, deux, trois bières. On profite, on s’amuse. Il est 2h, le bar ferme, on rentre chez nous, on se met au lit. La soirée était parfaite, mais je veux plus. D’humeur coquine, je propose un câlin. Elle me repousse légèrement et se tourne pour dormir.

Mais mon désir est là. Mon envie de plaisir est là. Je me dis que je suis très attentif à son propre plaisir, donc elle va forcément aimer aussi. Passer un très bon moment, prendre du plaisir, peut-être même avoir un orgasme. Alors même si elle n’a pas envie sur le coup, ça devrait changer pendant. Je ne me rends pas compte que je me trompe. Pas sur le fait de lui donner du plaisir. Sans doute en prendrait-elle, et encore, ce n’est que mon avis, c’est dans ma tête. Mais simplement la question n’est pas là. Elle n’en a pas envie. Elle ne consent pas. C’est un non.

Et pourtant j’insiste. Sans contrainte physique, sans violence, sans chantage, simplement par des gestes, des caresses, des baisers sur son dos, sur ses hanches, sur ses fesses. Je pense érotiser son corps et attiser le désir. Mais il n‘est pas là. Et elle ne réagit pas, elle ne dit pas oui. Elle finit par se laisser faire pour me satisfaire.

On passe un bon moment, tendre, plaisant. Je la connais car cœur, je prends soin de lui donner autant de plaisir que je le peux. On s’endort l’un contre l’autre, c’était bon. 

Mais elle n’avait pas dit oui.

Je suis un homme changé

La vie se poursuit, je travaille déjà, ses études à elle se terminent et le monde du travail s’impose. Recherche de travail, stress, premier poste, routine, tous les ingrédients sont là. Sa libido s’efface. Pas la mienne. Couplée à une imagination débordante et à une curiosité sans borne, le manque nourrit mon désir et mes envies s’accumulent inlassablement. L’absence de vie sexuelle devient pesante et difficile à accepter. Progressivement, les gestes de tendresse et d’affection du quotidien se diluent, on s’éloigne. Après 3 mois, excédé, le sujet vient sur la table.

La communication n’est pas notre fort. Dommage. C’est la première fois que nous en parlons. Elle ne veut pas se forcer. J’aurais dû comprendre et entendre « plus se forcer ». Elle m’explique que mon insistance lui met la pression et que ça n’aide pas une situation déjà complexe à gérer pour elle. Elle n’ose plus manifester d’affection de peur que je la surinterprète et que ma frustration s’amplifie. On discute, j’entends, j’accepte, j’assimile. Je change ma vision. Du moins je le crois.

Au lieu d’insister par des caresses ou des gestes, je modifie légèrement mon comportement verbal et non verbal ; de manière consciente et inconsciente. Un câlin esquivé, un léger décalage dans les horaires de coucher… Tout est bon pour éviter de provoquer le désir. Mais ce sont aussi des petits soupirs, une retenue dans les échanges, plus rarement une remarque. Tout est bon pour souligner le manque et la lenteur de l’évolution. 

Elle ne dit pas oui. Elle ne se laisse plus faire. Je ne m’impose plus par des gestes. Mais je l’oppresse mentalement.

Je suis un homme comme les autres

Le temps passe, les mois se suivent et se ressemblent. Quelques rares épisodes de mieux, sporadiques, éphémères. Je fais le deuil de ma sexualité et profite des rares moments de plaisir partagés dans un classicisme terrible et un manque d’imagination symptomatique. Le sexe ne l’intéresse définitivement pas. Dommage.

Arrivent l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo. Des déferlantes de messages, de témoignages. Je me revois lire ces histoires, poignantes, terrifiantes, irréelles, qui me prennent à la gorge et gonflent mes yeux. Je me mets à leur place, je vis ces situations, ces gestes, ces mots, ces violences, ces viols. Je suis submergé par des sentiments mêlés de tristesse, de compassion et d’empathie pour toutes ces filles, pour toutes ces femmes ayant souffert dans l’ombre, invisibles jusqu’à aujourd’hui.

Submergé par ces sentiments de colère galopante et de rage envers ces salops, ces porcs, incapables de respecter les autres. Hypnotisé, je poursuis inlassablement mes lectures. Ma colère ne cesse de grandir, mais rapidement, un nouveau sentiment s’impose à moi. J’ai honte.

Au début, je ne comprends pas ce sentiment. Je ne veux pas être associé à ces hommes, je vaux mieux que ça. Je suis un homme bon, un homme bien intentionné. Mais c’est faux. Je me voile la face. Ce que je comprends et que je refuse d’admettre, c’est que je me reconnais dans certains témoignages. Je fais le parallèle avec moi, avec mon couple. Je revis les situations. Je prends conscience. Je pose les mots. Je suis un oppresseur. Je suis un violeur.

Je n’ai jamais osé en parler avec ma copine, ni au moment de cette prise de conscience, ni pendant les deux années qui ont suivies, jusqu’à notre séparation. La communication n’était pas notre fort. Dommage.

Je suis un homme en déconstruction

L’acceptation est difficile. Heureusement, ce mouvement met en lumière et propulse beaucoup de contenus. Je lis, j’apprends, je comprends. Je veux changer. Changer mon langage. Changer mes habitudes. Changer mes petites blagues à la machine à café. Changer le regard que je pose sur les autres et notre société. C’est difficile. C’est long. C’est même parfois incompris, surtout dans un milieu professionnel ou sportif à forte dominante masculine. Alors j’explique, je justifie, je me reprends et je reprends les autres. J’éduque ma famille, mes proches, mes amis, mes collègues, mes coéquipiers, en même temps que je m’éduque moi-même. La déconstruction c’est compliqué. C’est lent. C’est nécessaire.

J’entends maître Yoda intimer à son apprenti « Tu dois désapprendre tout ce que tu as appris ». Je comprends à quel point cette simple phrase peut être lourde de sens. Désapprendre les normes imposées par la société et la culture du viol, par le marketing et la pub, par le système et le patriarcat. Réapprendre le respect et les limites. Réapprendre le consentement, enthousiaste, libre, éclairé et révocable. Réapprendre à écouter et pas juste à entendre. Réapprendre à communiquer.

Aujourd’hui, même si j’avance, j’ai toujours honte.

Honte d’être un homme et de ce que ça représente dans notre société actuelle. 
Honte qu’une femme dans la rue la nuit puisse se sentir intimidée et en danger car je marche 20 m dernière elle alors que je rentre simplement chez moi. 
Honte car plus je me documente sur le sujet, plus je me rends compte qu’il est presque impossible de trouver une femme qui n’a jamais été sujette à ces violences.
Honte car dans le fond, je n’ai pas encore totalement accepté ce que j’ai été et ce que j’ai fait. La déconstruction c’est compliqué. C’est lent. C’est nécessaire.

Changeons…

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