#37786
bzobzo
Participant

comme c’est bon,
terminant vite d’écrire un mail administratif après une journée de travail,
ayant cliqué sur le bouton « envoyer »,
presque machinalement, sans y penser, je serre les cuisses, fais monter une petite contraction,
immédiatement dans mon bassin, un nectar chaud, dense, soyeux,
semble apparaître de nulle part,
je ferme les yeux, gémis,
c’est comme du velours jusqu’à dans ma bouche
qui prend son envol en faisant frissonner l’air entre mes lèvres entrouvertes

le tout n’aura duré qu’une quinzaine de secondes,
toute la tension de la journée s’est envolée immédiatement,
je me sens à nouveau présent dans ma chair, tranquille, détendu, relax,
conscient de tout le miracle qu’elle peut pour moi à chaque instant
et de la complicité sans failles qu’on a établie,
ce n’est plus juste un véhicule que je mène tant bien que mal pour accomplir mes tâches de la journée,
ces quelques secondes ineffables, m’ont libéré de la chape de plomb du quotidien,
de certaines lois et frontières en moi qui semblaient immuables,
de tout ce qui a pu s’accumuler en route durant la journée,
comme contrariétés, comme agacements, comme contingences, banalités, machinal, sans intérêts,
une journée en ville, sur mon lieu de travail, de trajets en métro, de courses dans les magasins,
gagné mon pain, côtoyé mes collègues, ri et travaillé avec eux, beaucoup ri avec eux en fait,
tous les jeudis désormais, on se rend sur place, dans les bureaux au lieu d’être en télétravail,
ils font cela sans doute pour qu’on se déconnecte pas totalement,
qu’on ne perde pas totalement l’habitude de travailler ensemble autrement que virtuellement

mais là, ces quelques secondes,
c’est la première chose vraiment dense, puissante, authentique
qui me soit arrivée de la journée,
de l’exceptionnel, du hors normes, pour quelques instants, a envahi mon quotidien,
oh j’aurai pu écrire la même chose si j’avais plongé dans quelques pages de Proust
ou écouté une sonate de Beethoven ou regardé un tableau de Van Gogh,
enfin pas tout à fait
car avec ces artistes, ils m’ont déjà mâché tout le travail,
je n’ai plus qu’à me laisser guider par eux,
alors que ma pratique, c’est quelque chose que j’ai bâti à partir de rien,
avant il y avait le désert là en moi,
désormais c’est une palmeraie empli de verdure, d’oiseaux, de rires, de chants,
une véritable oasis où se désaltérer après la journée à courir, à s’énerver,
une véritable oasis où se désaltérer puis d’y faire la fête encore et encore

libérer des force mystérieuses au fond de moi,
flamber comme un feu de plage au milieu de la nuit sous les étoiles,
vivre la complicité avec son corps, la communion avec sa chair