Mauvais temps pour les créateurs de contenu sur les sujets sexe et sexualité. Cette année 2018 aura été une année record de régressions sur le sujet, ce qui n’est pas forcément bon signe sur l’ouverture d’esprit de notre société.

Patreon a supprimé la visibilité de tout ce qui est NSFW, YouTube a démonétisé tout ce qui est en rapport avec le sexe et la sexualité y compris les vidéos éducatives, Facebook et Instagram continuent de supprimer/censurer tout ce qui touche de près et de loin au corps et à la sexualité, Apple continue de supprimer toute application qui peut exposer quelque chose de NSFW, Tumblr a choisi de supprimer le contenu NSFW, etc… La liste est très très longue.

L’impact des lois américaines sur la liberté mondiale de parler de sexualité

Tout cela est malheureusement dû à des pressions régressistes exercées en grande partie aux États-Unis (mais pas seulement) par des conservateurs, qu’ils soient à la tête d’entreprises comme Facebook, dans de puissantes associations religieuses, ou dans des partis politiques ou organisations militantes.

La dernière attaque en règle contre ce qui touche au sexe et à la sexualité vient de deux nouvelles lois américaines appelées SESTA (Stop Enabling Sex Trafficking Act) et FOSTA (Fight Online Sex Trafficking Act).

Dans le droit américain, la loi Communication Decency Act qui date de 1996 pose les bases de la responsabilité des entreprises sur le contenu mis en ligne. Plus spécifiquement, la section 230  protège les sites web des attaques juridiques. En gros, les éditeurs ne sont pas tenus pour responsables des contenus postés par leurs utilisateurs. Théoriquement, un site ne peut donc pas être poursuivi au motif d’avoir hébergé un contenu pornographique ou NSFW.

Les lois SESTA et FOSTA modifient la section 230 et élimine l’immunité des éditeurs web face aux procédures judiciaires. Ces lois considèrent que les sites diffusant du contenu indécent mis en ligne par des utilisateurs, le font potentiellement “en connaissance de cause” et “soutiennent et facilitent” en quelque sorte le trafic sexuel.

C’est en grande partie pour cela que vous voyez disparaitre beaucoup d’endroits dans lesquels on pouvait consulter librement de la pornographie, faire des rencontres (comme Craiglist) ou parler de sexualité (comme Tumblr).

La définition de responsabilité est tellement large et floue dans ces deux lois, que le risque de tomber sous le coup de la loi est énorme. Par exemple, pour Tumblr, la seule présence de certaines photos en provenance de prostituées pouvait mettre Tumblr en danger de se faire attaquer.

Pour aller plus loin sur les lois SESTA et FOSTA :

De plus, une autre loi déjà votée par la Chambre des Représentants, s’attaque aux transactions financières, et pourrait impacter considérablement le droit des travailleurs du sexe à simplement accéder à un compte bancaire, discrimination déjà faite par de nombreuses banques sur tout ce qui touche de près ou de loin au sexe.

Avec cette nouvelle loi, les banques pourraient fermer les comptes des travailleuses/eurs du sexe les mettant dans une situation financière incroyablement complexe.

Déjà aujourd’hui, c’est presque impossible d’utiliser PayPal pour vendre des sextoys, ou faire payer pour des activités d’évènements sexéducatifs, ce qui n’a pourtant rien à voir avec de la prostitution. Idem dans de très nombreuses banques qui refusent de maintenir ouverts des comptes pro pour des activités autour de la sexualité (genre club libertin, sexshop en ligne, site de rencontre, club de strip tease, …).

Avec cette future loi, il deviendra impossible pour une travailleuse du sexe d’avoir un compte bancaire.

Pour aller plus loin sur cette autre loi :

Impact de ces lois Américaines sur le web mondial

Voyons ensemble comment ces lois impactent directement la liberté de parole et de communication sur le web avec des exemples récents.

Je vais parler de Tumblr mais aussi du problème Facebook, qui non content d’appliquer à la lettre ces lois, pratique une politique ultra-régressive sur la sexualité. Cela mérite de développer un peu plus mon propos.

Tumblr supprime le contenu NSFW

Suite à ces lois, Tumblr annonçait supprimer l’ensemble des contenus NSFW. Dès aujourd’hui, il n’est plus possible de publier de nouveaux contenu NSFW qui seront supprimés automatiquement par des algorithmes, et les anciens contenus NSFW sont déréférencés et donc devenus introuvables même par la recherche interne.

Voilà RIP le NSFW sur Tumblr. Un des endroits, qui étaient les plus ouverts à l’art érotique, avec de très beaux contenus photographiques ou pornographiques, n’est plus pour la raison que certaines prostituées publiaient des photos d’elles sur le site. Comme il est impossible de vérifier si la photo provient d’une travailleuse du sexe ou non, on supprime tout le contenu du site.

Accessoirement, je perds mon Tumblr était très suivi avec plus de 6000 photos érotiques de grande qualité. Et voilà pourquoi mon blog de photos érotiques n’est plus disponible sur NouveauxPlaisirs.fr

L’obscurantisme de Facebook sur le sexe

J’ai fermé le compte NouveauxPlaisirs sur Facebook il y a déjà plus de deux ans car j’étais harcelé par les restrictions de publications de 15, 30 et 45 jours … suites à des dénonciations et passages d’algorithmes automatiques sur ma page.

Pourtant vous connaissez mon site, je ne publie rien de pornographique, il s’agit uniquement de tests ou d’articles d’information sur la/les sexualité(s) avec une approche ultra positive et respectueuse. Bref, rien de pornographique en tout cas même si le sujet est clairement la sexualité.

La goutte d’eau qui a précipité mon départ de Facebook a été la fermeture de mon compte (et la perte de plus de 5500 followers) suite à un article qui utilisait la photo des fesses d’une statue de Michael Ange pour illustrer un atelier sur le plaisir prostatique.

Le jour même, je décidais de clôturer mon compte et de ne plus recréer de page en me concentrant sur Twitter où j’ai maintenant plus de 12000 followers (mais jusqu’à quand cela sera-t-il possible ?).

NXPL - Nouveauxplaisirs.fr quitte définitivement facebook à cause de la censure

Très récemment Facebook a annoncé pour se mettre en ligne avec les lois SESTA et FOSTA de nouveaux standards de communauté et restrictions de contenu qui vont littéralement supprimer tout ce qui reste d’espace de liberté sur la sexualité sur Facebook.

Sur Facebook, le sexe est déjà totalement oblitéré sur tout ce qui est public, et très attaqué dans les groupes privés, les pages et les profils qui sont, petit à petit, supprimés par les algorithmes automatiques.

En illustration, mes ami(e)s libertin(e)s se battent littéralement contre ces algorithmes et jaloux/ouses pour garder leur compte. Le combat est perdu d’avance, tôt ou tard, ils les perdront. On retrouve donc des comptes 2, 3, 4 … ou  » deSecours  » etc … qui permettent de garder le contact avec leurs ami(e)s quand le compte principal est clôturé.

Les nouvelles règles de Facebook

Accrochez-vous car les nouvelles règles sur la sexualité vont très loin. Vous pouvez les lire ici :

Malgré le fait que cette page traite des règles de contenu sur les « sollicitations sexuelles » pour se mettre en accord avec les lois cités ci-dessus, le flou de ces règles illustre l’impact potentiel des lois SESTA et FOSTA sur tout ce qui touche à la sexualité et non uniquement l’exploitation sexuelle.

Regardons ensemble ce que les nouvelles règles indiquent…

Cela commence plutôt bien avec l’interdiction de l’exploitation sexuelle, telle que précisée dans cette phrase : « Ne publiez pas de tentatives de coordination ou de recrutement pour des activités sexuelles adultes telles que des activités sexuelles filmées, des activités pornographiques, des danses érotiques ou des massages« .

Mon avis ? La définition de sollicitation est pour le moins surprenante dans le paragraphe suivant :  » Des offres ou demandes d’autres activités pour adultes, comme […] des partenaires qui partagent des intérêts sexuels ou fétichistes ». Pour moi « exploitation sexuelle » présente l’obligation de la présence d’une transaction financière (au moins sous-jacente ou différée), si l’on retire cela où est l’exploitation ? 

Les règles indiquent ensuite que le contenu de type sollicitation sexuelle implicite, peut être identifiée en mentionnant un acte sexuel et d’autres éléments suggestifs tels que l’un des suivants :

 »
– De vagues déclarations suggestives […]
– L’utilisation d’indices sexuels tels que la mention des rôles sexuels, des positions sexuelles, des scénarios fétichistes, la préférence sexuelle/préférence du partenaire sexuel, l’état d’excitation, l’acte sexuel ou l’activité sexuelle (pénétration sexuelle ou plaisir